Et si ce n’était pas mon enfant ? Quand le doute s’installe dans le couple

Douter de la paternité de votre enfant vous affecte. La question peut vous tourmenter la nuit, elle peut aussi malmener votre couple et altérer la relation avec votre enfant. Si vous ne voulez pas que votre incertitude gâche tout, commencez par déterminer les causes de votre doute, comprendre ce qu’un test peut réellement vous apprendre, puis ouvrir la conversation avec votre partenaire.

D’où vient le doute ?

Le doute ne naît pas comme par magie. Il y a toujours une raison à cela. Dans la plupart des cas, l’incertitude sur la filiation se pose lorsque :

  • La mère vous a déjà trompé et elle a avoué cet écart, ou vous soupçonnez qu’elle vous a trompé.
  • Vous avez noté que la date de naissance du petit présente un décalage par rapport à la date de conception.
  • Les traits de votre fils/fille n’évoquent rien de familier.
  • Un proche a innocemment lancé une remarque lors d’une réunion familiale.

Sachez, cependant, distinguer le doute fondé sur des faits et situé dans le temps de la suspicion née d’une anxiété. Dans le second cas, le problème est psychologique, ce n’est pas un manque d’information.

Quelques signes que le doute a changé de nature : vous y pensez plusieurs fois par jour sans qu’aucun élément nouveau ne soit apparu ; vous vérifiez — un téléphone, un agenda, d’anciennes photos — et le soulagement ne tient que quelques heures ; vous recomptez les dates alors que vous connaissez déjà le résultat du calcul ; votre sommeil ou votre travail s’en ressentent. Ce fonctionnement porte un nom, la rumination.

Il est également à noter que la ressemblance physique n’est pas une preuve. Les gènes peuvent venir d’un grand-parent. Par ailleurs, le visage change en grandissant et beaucoup de pères biologiques ne retrouvent rien d’eux-mêmes dans leur enfant. Aussi, si vous avez un réel doute et avez besoin d’une confirmation noir sur blanc, le test ADN pourrait vous éclairer. Cependant, ne vous précipitez pas pour le faire, car il ne répond pas à tous vos questionnements. Il y a aussi des points que vous devez régler avant de faire un test ADN.

Ce que le test ADN prouve et ce qu’il ne dira jamais

Ce que l’ADN peut prouver sans équivoque, c’est la filiation entre un père et un enfant : quand le résultat écarte la paternité, il le fait sans nuance, donc à 0 %. À l’inverse, une réponse positive se formule sous forme de probabilité, supérieure à 99,99 %.

Attention, l’analyse dit seulement qui est le père biologique. Elle ne donne aucune information sur le moment de la conception, sur ce qui s’est passé ni sur le comportement de la mère.

Autre point à savoir, sur le territoire français, l’identification génétique n’est possible que dans le cadre d’une procédure judiciaire, selon l’article 16-11 du Code civil. Ainsi, si vous voulez qu’un test de paternité ait une valeur juridique, il faut que sa réalisation ait été ordonnée par un juge.

Enfin, le lien de droit et le lien du sang ne se recouvrent pas. Ce qui fait un père, devant la loi comme au quotidien, ne tient pas à un compte rendu d’examen. D’où une question à se poser avant toute démarche, et dans les deux sens : que ferez-vous si le résultat confirme que vous êtes le père ? Et s’il dit l’inverse ? Sans réponse ni à l’une ni à l’autre, une analyse n’apportera pas l’apaisement attendu. Sachez qu’un résultat qui n’est relié à aucune décision ne fait que donner à la rumination un point d’appui de plus.

Le silence abîme plus que la vérité

Un soupçon gardé pour soi ne demeure jamais sans effet. Il installe un éloignement que personne n’a choisi : les gestes d’affection se raréfient, la patience s’use, et s’installe un retrait affectif que l’enfant ressent bien avant d’avoir les mots pour le dire. Vient s’y ajouter la culpabilité de soupçonner, qui nourrit l’angoisse. Bref, dans la plupart des couples, c’est le silence qui abîme la relation, pas la conversation redoutée.

Comment engager la conversation ?

Si vous ne voulez pas que votre doute nuise à votre couple et vous éloigne de votre enfant, discutez avec votre partenaire. Voici comment procéder :

  • Choisissez le bon moment : n’engagez pas la conversation au milieu d’un conflit ni à une heure tardive. Privilégiez un moment tranquille, sans que les enfants se trouvent dans la pièce, et sans qu’aucun impératif ne se présente dans les soixante minutes qui suivent.
  • Parlez à la première personne, au lieu d’accuser votre compagne. Une phrase du genre  » Cette idée m’occupe l’esprit en permanence  » incite naturellement à l’échange. Une autre comme  » J’ai l’impression que tu m’as trompé  » coupe net la discussion.
  • Formulez votre besoin réel dans le but de chercher l’apaisement, non la confession. Mélanger les deux revient à changer un appel à l’aide en mise en cause.
  • Acceptez qu’aucune réponse ne vienne sur-le-champ. N’hésitez pas à envisager l’appui d’un intervenant extérieur, par exemple un thérapeute conjugal ou un médiateur, quand la conversation est bloquée. Ce n’est pas le signe d’une défaite, c’est un moyen de traverser l’épreuve.

Si, plusieurs jours après la discussion, votre doute est toujours présent, vous pouvez envisager le test ADN. Avant de procéder, demandez-vous ceci : si le résultat était négatif, cela confirmerait certes l’infidélité de votre compagne, mais est-ce que vous cesseriez d’aimer votre enfant ? N’oubliez pas que l’attachement se construit dans les nuits passées debout, les repas, les trajets d’école, les milliers de gestes ordinaires dont personne ne tient le compte.

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